Traduce

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gardons les yeux ouverts:
www.fidh.org

 

 

 

 

 


 

Ses eaux boueuses témoignent de l’histoire de la terre qu’il irrigue et qu’il sculpte depuis des millions d’années. Ses tourbillons racontent l’histoire des hommes qui peuplent ses rives, et les secrets des pays qu’il traverse. Le Mékong est un grand livre dont on a voulu connaître les premiers mots, lire la première page. Ainsi nous avons voulu Mireille et moi parvenir jusqu’à sa source. A 5224m d’altitude sur le plateau tibétain le Mékong prend naissance au pied d’un pic que les nomades appellent « Lasagongma » ce qui en tibétain signifie « la plus haute montagne » .

pierre à prière ©Mireille Damphousse
Les sources du Mékong ont été découvertes en 1994 par une équipe sino-japonaise se dirigeant vers la branche Nord alors qu'au même moment une équipe Francaise (M.Peissel) remontait la branche Ouest avec le même objectif. Des expéditions sino-japonaises et américaines successives jusqu'en 1999 ont finalement démontré que la vraie source était bien celle de la branche Nord.
(Map from Japanese Alpine News, No. 1, 2001, drawn by Tomatsu Nakamura of the Japanese Alpine Club. )
Nous avons cru qu’il était possible pour des voyageurs individuels comme nous de rejoindre les sources sans autorisations et sans passer par une agence de trekking. Un permis est nécessaire pour traverser le territoire « autonome » du Tibet , mais les sources se trouvent juste au-dessus dans la province du Qinghai. Notre projet consiste donc à rejoindre en bus « Zhato » la localité la plus en amont du fleuve. Ensuite il nous faudra obtenir l’aide des locaux pour trouver un guide et rejoindre les sources à jeep ou à cheval.
H40A Parures tibétaines dans le Nord du Sichuan.

Parures tibétaines dans le Nord du Sichuan.

 

 

 

 

 

 

 

H55bis voyage en bus au Tibet
Après un long voyage en bus depuis Chengdu, nous arrivons à Zhato le 20 Sept 2005.
Zhato (Alt 4000m), ville far-west de la Chine. Terminus, à partir d'ici il n'y a des bus que pour redescendre. Impossible d'aller plus à l’Ouest, mais on apprend que l'on peut s'avancer jusqu'à Zhaqi et trouver peut être des chevaux là-bas.
Voyage Zhato/Zhaqi en taxi pour 200Yuans (20Euros) passage d’un 1col à 4900m
Juste avant le col le câble de l’accélérateur a cassé, il a fallu y faire un nœud ! Puis pousser la voiture au démarrage, et 5min pour reprendre notre souffle.
Zhaqi (alt : 4500m) est un ancien poste avancé Chinois, une caserne désaffectée dans laquelle vivent quelques Kampas sédentarisés. Les Kampas sont l'ethnie tibétaine qui peuple à 95% cette région. Pasteurs nomades et guerriers de tradition, ce sont les seuls Tibétains à avoir combattu les Chinois par les armes.
Renseignement pris, les sources seraient à 5 jours de cheval et seulement 1 jour de Jeep d'ici. C'est
très difficile de se faire comprendre depuis que l'on est dans ce bout du monde. On nous parle tantôt chinois tantôt tibétain, et surtout les gens sont très analphabètes, n'ont l'air de n'avoir reçu aucune instruction. Nos tentatives d'obtenir des chevaux auprès des nomades échouent, ils ont d'autres choses à faire que de promener des touristes. Echec aussi pour obtenir une Jeep, de toute façon ce n'est pas prudent d'y aller avec une seule Jeep contrairement aux chevaux elle peut tomber en panne. On plante notre tente près de la rivière et essayons de faire du feu avec des bouses de yaks. J'ai quand même pris mon brûleur avec une réserve d'essence au cas ou. Nous avons ramassé nos bouses sèches, trouvé un peu de bois et du papier au village. Les bouses ne brûlent pas instantanément, elles se consument. Il faut donc allumer le papier qui allume le bois qui fera consumer les premières bouses, qui feront consumer les suivantes facile ! ...Et bien non, à notre grande surprise à cette altitude non seulement nos briquets ne marchent plus mais lorsqu’ils daignent après de longs efforts nous donner une courte flamme pour allumer le papier celui-ci s’éteint aussitôt. Tant pis, 'on ne va pas se laisser em.... par le matériel !' Un bon jet d'essence sur nos bouses et sur le papier et le feu prend enfin. On aura notre soupe tiède car évidemment il ne faut pas compter qu’elle bouille, on pourrait attendre longtemps heureusement que Mireille est équipée d'un filtre à eau. Le lendemain nous faisons chauffer notre thé avec mon brûleur qui marche très bien et arrive à faire frémir l'eau. Nous n'avons toujours pas de chevaux mais nous sommes en négociation avec de jeunes motobikers. Il est difficile de savoir s'ils ont la moindre idée de l’expédition que cela représente. L'un d'eux a l'air simplet et l'autre 'Geng song' est très dégourdi et malin mais tellement 'sauvage' qu'entre la date du 23 et celle du 28, il a le plus grand mal du monde même en comptant sur ses doigts pour comprendre que cela fait 5 jours de trek au total. En plus ce qui m’inquiète c'est qu'il est envieux, il louche sur notre matos, son regard n'est pas fiable. C'est alors qu'entre dans la négociation l'instit du village, il nous aide bien, il parle un peu l'anglais, a le regard de quelqu'un de franc, et sa seule présence donne du cachet a la proposition des motobikers. Nous sommes donc prêts à accepter et leur donnons rendez-vous pour demain.
Dans l'après- midi, nous faisons une promenade qui nous conduit sous la tente de nomades qui nous offrent leur yogourt, ils ont une guitare, je leur joue du Brassens et leur offre une photo du Daila Lama. Effet garanti, plus qu'aucun autre cadeau, les visages s’éclairent, ils appuient la photo sur leur front puis la contemplent longuement. Nous quittons la tente, on nous dit adieu en nous tirant la langue, comme il est d’usage ici.
H73bis6 Berger sur sa moto

Berger sur sa moto, derrière lui: le village de Zhaqi.

 

Ci-dessous: moines campeurs

Caractère "Tibet"

 

H73bis8 campement de moines

Pour mener à bien ce trek nous avions acheté de quoi faire de la tsampa (farine+beurre+the) et avions glissé sous la toile de tente le beurre de yak dans notre popote. J'avais peur qu'à l’intérieur il ne fonde. De retour de notre promenade le petit pot de beurre avait disparu. En plus on avait voulu ouvrir la tente, la fermeture éclair avait bougé mais comme nous avions mis un cadenas dessus ils n'avaient pas réussi à l'ouvrir. Il suffisait pourtant d'un petit canif pour percer la fine toile transparente qui interdit l’accès aux insectes. Qui a bien pu nous voler une petite popote de 3 sous et du beurre denrée courante ici? Et puisque nous avons affaire à un voleur, pourquoi a – t- il laissé dans la tente du matériel de grande valeur qu'il lui aurait été facile de prendre ? De toute évidence il s'agit d'un geste impulsif non réfléchi non prémédité et j'ajouterai naïf. Le fait d'avoir eu affaire à un voleur sans avoir pu comprendre son geste tailla une brèche dans notre confiance en autrui et par cette brèche petit à petit la peur s'engouffra. C'est confortable pour un étranger de voyager dans un pays où existent des lois qui le protègent et plus encore dans un pays où les lois sont sévères voire despotiques, mais je ne suis pas sûr que la loi arrive jusqu'ici, pas de drapeau rouge à l'horizon, juste cette caserne abandonnée par les Chinois. Sans la loi tout n'est que confiance, si on n'a pas la confiance alors il vaut mieux partir. C'est cette douloureuse conclusion à laquelle j'aboutis. Douloureuse car pour moi c'est très douloureux de ne pas pouvoir faire confiance en autrui, mais ils ne font rien pour améliorer les choses, nos motobikers sont de petits branleurs qui veulent se faire du blé. La nuit est longue à réfléchir à tout ça, d'autant plus longue que les chiens se sont déchaînés toute la nuit. Sur le conseil de Geng song nous avons déplacé la tente au milieu du village pour qu'elle soit visible de tous. Cette intrusion n'a pas été du goût des chiens qui n'ont pas cessé d'aboyer autour de notre tente de façon si féroce qu'à un moment donné elle fut même attaquée. J'ai sursauté de peur mais ne suis évidemment pas sorti. Le lendemain une des cordes de la tente avait été sectionnée d'un coup de dents. Il faut dire que partout dans la steppe les bergers ont des chiens qu'ils dressent à devenir féroce pour éloigner les ours et les loups. Il faut faire attention quand on est à cheval et aussi la nuit quand on va faire ses besoins. Il ne faut pas trop s’éloigner sinon le chien peut vous prendre pour un étranger. Heureusement que je suis un homme car vous comprenez combien dans cette situation il faut avoir du cran lorsqu'en plus il est besoin de s'accroupir. Le lendemain matin je propose à Mireille de faire machine arrière et de repartir à Zhato. Mireille est d'accord. Il faut que nous trouvions de l'aide, mais à qui se confier? Personne ici ne comprend l'objet de notre quête farfelue! "La quête des sources du Mékong" cet idéal romantique est si loin des préoccupations des tibétains et de leur culture. "On va retourner à Zhato et on verra bien », lui dis-je, « j’espère maintenant que les dieux vont se bouger le popotin pour nous parce que ce n'est vraiment pas juste de devoir renoncer aussi près du but».

H96 pasteur et son chien. Paysage du toit du monde, pasteur et son chien.
Cheval tibétain au dessus de Zhato, on peut encore voir le Mékong en arrière plan mais un barrage en cours de construction modifiera bientôt le paysage. H79 Cheval tibétain

Le lendemain matin Geng Song nous ramène à Zhato l'un après l'autre sur sa moto. Je pars le premier laissant Mireille avec les enfants de l’école auxquels elle apprend à jouer au Mikado. « C'est étonnant me dira-t-elle, il n'y en a aucun qui essaie de montrer qu'il est le plus fort, ils jouent tous collectif. Ils réfléchissent ensemble à la tactique à adopter, ils discutent et c'est celui dont c'est le tour de jouer qui exécute la dite tactique. Ils résolvent le problème ensemble. » Pendant ce temps je passe le col à moto sous la neige (glagla !). Il me reste quelques heures avant que Mireille n'arrive à son tour, je décide donc d'aller manger. Je suis accueilli dans un restaurant presque complet par des visages joyeux et souriants. Il reste une place en face d'un homme d’une trentaine d’années portant une veste 'Nike' couleur safran. D'un sourire il m'invite à m'asseoir. Il a le regard instruit et un visage lumineux, énergique. Il vient de Kangse, une grande ville provinciale du Sishuan. Je lui parle des sources, compatissant, il me déclare que dès que j'aurai fini mon repas il m’amènera chez un ami qui possède une Jeep. Lorsque nous sortons du restaurant je constate qu'il porte une robe d’ecclésiastique. Dans sa voiture nous remontons la grande rue et il se met à arrêter toutes les Jeeps que l'on croise. Il parle avec le chauffeur qui à chaque fois a l'air de bien le connaître et de lui témoigner grand respect. Cependant personne ne semble intéressé par mon projet. Arrivé au bout de la rue il s'arrête dans la cour d'une maison. Les gens en sortent en liesse, levant les bras au ciel et tout en lui tenant les mains ils appuient leur front contre le sien comme ils le feraient avec une photo du Dalai lama. Fichtre cet homme est un saint ! ? Après une heure de recherche il me ramène à l'hôtel en me promettant de continuer à chercher seul, il me rejoindra dans la soirée. Lorsque Mireille fut de retour je lui dis : « Tu sais j'ai rencontré un lama ou quelque chose dans le genre, et il va nous aider ».

Le soir venu nous sommes dans le salon de l’hôtel en compagnie du personnel et des résidents. C'est une ambiance chaleureuse et bon enfant, nous mangeons tous ensemble, on nous offre un grand bol de stampa, mais il faut se la préparer soi-même. Mélanger avec la paume de la main la farine, le beurre et le thé pour en faire une boule marron de pâte à modeler. Maladroit je renverse la moitié de mon bol par terre, tout le monde fait l'effort de m'aider en me donnant des conseils, Mireille aussi qui a déjà acquis la technique au Népal. On accuse le trop plein de farine, le pas assez de thé... Après il faut avaler cette lourde pâte dont on me demande s’il y a un équivalent en France, je réponds que chez moi dans le midi ça s'appelle de 'l'estoufadou' et j'entends tout le monde autour de moi répéter avec application pour bien mémoriser le terme.
Mais voici que j’aperçois mon homme de ce matin qui s'approche. Soudain l'un des convives se lève et crie : 'lama, lama, lama !' Tout le monde se lève d'un bond, qui laissant tomber ses baguettes dans sa soupe, qui abandonnant le jeu de domino, ou lâchant son livre à prières. Les palabres et les rires font place à un silence religieux. Le lama fait signe de s'asseoir et s'approche de nous. Je glisse à Mireille : « T’as vu les copains que j'ai ? Ils en jettent hein ! ?' » . Le lama a sous sa responsabilité ecclésiastique le district de Zhato et celui de Kangse. Il va porter la bonne parole partout en Chine et a aussi voyagé au Japon, en Corée au Vietnam et dans de nombreux autres pays d'Asie. C'est quelqu'un de joyeux et qui semble empreint de bonté. Pour me montrer qu'il aime les chrétiens il fait le signe d'une croix sur son cœur. Je fais de même en sortant de ma poche une photo du Dalai lama. A sa vue comme à la vue d'un trésor le lama écarquille les yeux. Tout lama qu'il est, la photo trouvée sur Internet et tirée sur papier glacé lui procure autant de joie qu'à n'importe qui d'autre. Il l'admire et la porte religieusement à son front. Hélas c'est ma dernière photo, ma dernière cartouche. Avoir avec soi de telles photos au Tibet c'est comme posséder un briquet magique qui allumerait instantanément n'importe quel visage. Le lama ne nous a pas trouvé de Jeep. Il ne parle pas anglais et les discussions sont brèves. Il préfère passer la soirée à nous présenter tous ses gadgets : ses deux portables dernier cri, sa montre 'Citizen' dont il me demande d’épeler le nom pour qu'il puisse le prononcer, sa lampe frontale à diodes luminescentes, puis il me montre et m'offre une peluche porte-clefs très jolie et très douce. « Cela fera un excellent cadeau à un enfant » dis-je. « Tu ne vas tout de même pas te débarrasser d'un cadeau que te fait un lama ! »réagit Mireille. « Je suis très heureux de ce cadeau répondis-je mais si je peux par ce présent donner plus de joie que j'en ai reçue, alors je n'aurai aucun scrupule à m'en séparer »

H51 moine  telephone portable nike H50 moine motard

Voici 6 jours que l'on traîne dans le coin et nous n'avons toujours pas de Jeep. Mais on commence à être connu dans Zhato et ça va finir par payer. On ne peut pas longer l'avenue sans serrer la main à un tel qui nous a servi la soupe ou un autre qui nous a conduit en taxi ou entretenus avec 2 mots d'anglais et 3 de chinois. Bref on commence à savoir qu'il y a des étrangers dans la ville et qu'ils veulent rejoindre les sources du Mékong.
Donc ce matin là, un groupe de 6 ou 7 hommes frappent à notre porte. Je fais un tour de visages et m’arrête sur le seul regard 'instruit' du groupe. Il s'agit de Dorjee, un homme costaud, la trentaine, un physique de montagnard de sherpa népalais. Il inspire confiance, il est le chef du groupe et ils sont là car ils ont entendu dire que nous cherchions à atteindre les sources. Je regarde de côté un homme que je reconnais : le chauffeur du taxi dont le câble a cassé. Tiens, il est là lui ? . Faisant partie du groupe il y a aussi un ami de Dorjee qui fait l’interprète et d'autres amis susceptibles de fournir la Jeep. Nous avons la surprise d’apprendre qu'il a déjà amené aux sources 7 fois des touristes et des scientifiques. Mais ils étaient tous venus avec leur propre Jeep (donc via une agence). Il connaît toutes les difficultés, le lieu de campement des nomades et le moyen d'avoir des chevaux. Il prévoit 1 jour de Jeep jusqu’à 'Romse' puis 1,5 jour de cheval jusqu'aux sources. Ce qui fait 5 jours avec le retour. Les négociations sont longues car il est cher 40E/jour rien que pour lui et il veut en plus qu'on prenne au même tarif son copain parlant anglais ce qui est hors de question, on peut se débrouiller sans. Autre problème, il est instit et il va devoir prendre des congés sans solde en se faisant mal voir de son patron d'autant qu'on ne peut jamais être sûr d’être de retour au bout de 5jours. Nous tombons finalement d'accord pour un prix forfaitaire de 530E tout compris. Reste à trouver la Jeep et cela n'a par l'air facile, Dorjee a la réputation d'un chauffeur hors pair mais personne ne semble décidé à risquer sa Jeep même pour plus de 150E car en cas d'avarie il est convenu que ce sera au propriétaire de payer. Le lendemain nous n'avons toujours pas de Jeep, et voyant la météo se dégrader de plus en plus je n'ai pas le moral. Notre hôtel surplombe le Mékong, lorsque je me lave les dents je crache par la fenêtre au-dessus des eaux bouillonnantes et boueuses du fleuve qui battent les piles du pont tout proche. Il va y avoir de la boue, et les gués, pourra-t-on les passer ? Et à cheval sous la pluie et la neige, ça craint ! Il faut vraiment que la météo s’améliore. En attendant dans l'après-midi nous sommes allés grimper le sommet tout proche à 4900m, 800m de dénivelé, on l'a fait en 4,5 heures c'est presque comme dans les Pyrénées au niveau timing mais c'est plus dur, moralement il faut tenir pour pouvoir avancer. En descendant on s'est pris un orage de pluie et de grêle mais ce soir on est déjà secs. Dorjee vient nous dire qu'il a enfin trouvé une Jeep, celle d'un copain à lui, il a l'air content car elle est toute neuve. Nous partons demain. Une courte secousse sismique vient saluer notre dernier entretien, petite panique dans l’hôtel puis tout redevient normal. (Nous apprîmes bien plus tard qu’il y eu de l’autre coté de l’Himalaya au Pakistan un très grand séisme qui a fait des centaines de milliers de morts)

H76 Au dessu de Zhato

 

 

Au dessus de Zhato, rando d'aclimatation avec Mireille.

 

H69 Mekong en amont de Zhato
Zha-Chu river (Mékong) en amont de Zhato

Nous partons enfin de bon matin sous la pluie et pour compléter l’équipe nous avons avec nous le propriétaire de la Jeep qui pourra soulager Dorjee dans les endroits faciles. La piste est bonne mais après une heure de route la boue fait son apparition et ne nous lâchera plus. Dès le premier col elle ressemble à une piste forestière de montagne telle que peuvent la laisser les bulldozers tractant les troncs d'arbres chez nous dans les Pyrénées. Autant dire qu'on ne s'y aventurerait même pas à pied ! Dorjee se débat comme un diable au volant mais les 4 roues motrices ne peuvent rien contre cet enfer de boue. Dorjee nous demande de descendre car la voiture glissant et patinant comme du savon court le risque de sortir de la piste et de faire la culbute dans la pente. Finalement Dorjee renonce et fait marche arrière. En bas du col il nous fait remonter dans la voiture et me dit : 'I'm sorry' A cet instant je me dis que l'on va retourner à Zhato que ce n'est vraiment pas possible dans ces conditions. Point du tout Dorjee a une idée, il demande conseil à quelques ouvriers de la piste qui travaillent là, et au lieu de passer par le col, il passe par la rivière ! La rivière sert de route quand la route n'est plus praticable. Il faudra franchir plusieurs autres cols et je n'ai pas compté le nombre de fois où l'on s'est embourbé et où il a fallu sortir avec la pelle pour creuser et jeter des cailloux sous les roues. Nous avons passé un gué : 'fermez les fenêtres ! Vérifiez les portes !… Hom mani padme hung !' et zou ! nous passâmes le gué de l'eau jusqu'au capot. Nous sommes arrivés le soir en vue de Romse. Romse n'est en fait qu'une école construite pour les enfants de nomades. Ils y restent 3 à 6 mois et sont une 30ne de pensionnaires auxquels il faut ajouter la petite équipe d'adultes qui compte un seul instit (un cousin à Dorjee). Comme si nous n'avions pas assez galéré, notre Jeep s'enlise dans de la glaise à 100m du portail. Les enfants accourent, attachent une longue corde à la Jeep et tirent tous ensemble pour nous faire sortir de là. C'est un beau geste que ce tir à la corde improvisé mais une triste vision que cette petite école abandonnée dans cet immense paysage tout gris. Il est difficile d'imaginer plus grand isolement. Ils vivent dans un grand dénuement, le drapeau rouge flotte sur le toit de l’école, et on a l'impression que c'est à peu près tout ce que le gouvernement a pu leur apporter. Sur les conseils de Dorjee nous avons acheté des fournitures scolaires. Les enfants tous en chœur nous chantent une chanson pour nous remercier. Dorjee s'emploie à photographier les orphelins, ils sont 6 et les malades car il veut essayer de faire bouger l'administration. Une petite fille de 9 ans est victime de malformation, elle a un pied énorme gonflé par l'eau, une partie de sa jambe aussi. Mireille qui est médecin l'examine mais ne peut rien faire. Il lui faudrait des chaussettes et des chaussures orthopédiques qu'il faudrait changer tous les 6 mois à cause de sa croissance. C'est introuvable ici. Surtout ne pas amputer ni purger ça pourrait la tuer par infection. Mireille demande si ça la fait souffrir ? Oui en permanence, la petite pleure. Dure, dure cette journée !

H120B fille de nomade H106 footing matinalH108 ecole de Romse

  survolez les photos pour les agrandir  
  steppe de marais
  H138B hospitalité des nomades  
  H139A détails nomades  
   Le Kiang du Tibet, H462 ©Mireille Damphousse  
   naissance d'un fleuve  
   paturages de yaks  
  paysage d'altitude hymalayen  
  petit lac hymalayen  

Ce matin 7h00, confortablement installés dans nos duvets, nous sommes réveillés par les enfants qui sous la gelée matinale et à 4500m d'altitude forment un peloton bien ordonné et effectuent des tours de cour.'Yi!... Er ! ... San !..Shi !'(1,2,3,4) La petite troupe répète en chœur ce que crie le leader. Nous nous levons et préparons nos chevaux. Nous partons à 4 + 1cheval de bat. Nous accompagne le berger propriétaire des chevaux qui s'appelle 'Passang'. C'est un brave berger qui a un petit penchant pour l'eau de vie et qui n'a que le défaut de le faire partager à sa nièce de 5ans !. Après une journée au pas à travers les marais (Steppe parsemée de trous remplis d'eau et de boue, infranchissable autrement qu'à cheval et au pas) nous arrivons au campement de la sœur de Passang . C'est le dernier campement avant les sources. Dorjee voulait que l'on s'avance plus pour que la journée de demain ne soit pas trop dure, mais il hésite, on ne peut pas camper sous notre propre tente, il y a des ours dans les parages et sans les chiens des nomades on a des chances de se faire attaquer les chevaux car ici où il n'y a que de l'herbe qui pousse, les ours sont de méchants carnivores. On nous annonce donc une journée de 10 à 12h de trot pour demain ! Je suis déjà certain de ne pas en être capable si le temps n'est pas de la partie. En attendant on a intérêt de bien prendre des forces. Produits laitiers et viande de yak sont au menu. Les tentes tibétaines sont tissées en laine de yaks, elles sont confortables mais pas autant que les tentes mongoles, aucun tapis aucune deco, on vit à même le sol. Pourtant cette famille est plutôt riche, elle possède 300 moutons, 190 yaks et 15 chevaux. La seule marque exterieure de richesse semble être dans la parure des femmes. Elles portent de lourdes coiffes en bijoux. Celle de la maîtresse de maison faite en corail en coquillages et en pierres semi-précieuses vaut la bagatelle de 4000E. Lorsque ces bergères descendent en ville elles montrent à tout le monde la richesse de leur clan et selon la disposition des bijoux indiquent aussi si elles sont déjà mariées ou pas ! Et en cas d'un hiver trop rude qui décime les yaks, on peut toujours revendre les pierres pour se refaire un cheptel. Elles sont la banque de la famille.

Le jour J est arrivé, nous partons pour les sources. Nous trottons le long du 1er affluent du Mékong. C'est un raccourci en fait la source du Mékong et celle de cet affluent ne sont séparées que par un col. C'est l'affluent qui est le plus court à suivre en km (dans le cas contraire ça serait lui le Mékong) Il suffit donc de franchir le col au pied duquel l'affluent prend sa source et derrière c'est le Mékong ! ( j’espère que je suis assez clair). La météo est bonne, les paysages fantastiques, nous croisons des grues blanches, des canards sauvages et soudain nous voilà face à ce que je prends d'abord pour des antilopes du fait de leur agilité, mais qui vu de plus près ressemble à des petits chevaux ou des ânes avec des têtes proéminentes et un cuir brun et doré, tout à fait le genre de chevaux qui ornent les grottes de Lascaux ! Je réalise ce que je n'aurais jamais pu rêver : tentant d'atteindre la source d'un des plus grand et plus beau fleuve d'Asie à travers des paysages dignes de l’ère glacière, je me trouve sur mon cheval lancé au galop à la poursuite d'animaux aux allures préhistoriques ! . Le paysage en effet est grandiose, le ciel est immense, il s’octroie les 2/3 de notre champ de vision et il est dans tout ses états, tantôt éblouissant de lumière, tantôt d’un bleu profond, à droite d’un noir sombre à gauche d’un blanc neigeux, des giboulées d’un coté, de la grêle de l’autre, des percées de lumière, un arc-en-ciel furtif... L’horizon est coupé par des glaciers qui nous encercle, on s’approche de la source. Les chevaux peinent mais parviennent jusqu'en haut du col. La neige recouvre leurs sabots nous sommes à 5300m. Dorjee insiste pour que l'on grimpe à pied au-dessus du col là où coule d'ordinaire la source mais qui cette fois se trouve sous la neige. Nous laissons nos chevaux et grimpons avec de la neige jusqu'au mollet. Je m’arrête pour reprendre ma respiration tous les 6 pas, je fais quelques photos sur le lieu des sources puis redescends au col. J'attends que Dorjee et Passang finissent de réciter une prière bouddhiste puis je distribue des papiers à prière (sorte de confettis) pour que nous les lancions tous ensemble : 'Que les dieux soient vainqueurs!!!!' et les petits papiers colorés s'envolent au vent.

 

  H150 campement le soir
  Le soir tombe sur le campement
H130B préparration des fromages

Nous redescendons sous un orage de neige et de grêle de courte durée. Dorjee tombe de cheval en voulant monter son étalon nerveux qui l'a envoyé valser dans l'herbe. Il n'a rien mais ça lui a réveillé sa blessure de l'an dernier lorsque son cheval ayant senti un loup sans le voir l'avait désarçonné de la même manière ce qui lui avait coûté probablement une fracture du coude mal soignée. Il redoute de devoir conduire au retour mais heureusement la pluie a cessé et nous avons toujours un 2eme chauffeur qui nous attend à Romse. Inutile de dire que ce fut très éprouvant, à la fin mes jambes ne me portaient plus, je me fis secouer sur mon cheval comme un sac à patates et terminais le périple sur les jantes c'est à dire carrément avec des plaies au derrière ! . Le lendemain rebelote pour revenir à Romse mais avec un rythme plus calme. Cependant les chevaux sont fatigués surtout le mien, il va moins vite que les autres et je suis toujours en train de le coacher pour qu'il avance. Au lieu de regarder devant lui et de passer dans les marais par là où passent les autres. Il regarde ses pieds et réfléchit à chaque pas qu'il doit faire. Il n'est pas sûr de lui et à force de le pousser à avancer voici qu'il se trompe, tombe dans un trou et s’écroule. Je suis propulsé à l'avant et me jette sur son cou. L'animal pousse un râle de bête étranglé, je me dégage en vitesse avant qu'il ne se relève, je tombe dans le trou d'eau et me remplis les chaussures de flotte. Je remonte à cheval, Dorjee ne m'a pas vu tomber et constatant mon retard est excédé par ce cheval qui ne veut pas avancer. Il le prend par la longe et le tire comme une bourrique. Il s'arrache les mains a le tirer mais continu quand même, le cheval est encore plus mal à l'aise de devoir suivre un autre cheval sans pouvoir préparer ses pas, il trébuche sans arrêt, j'en ai marre de faire du rodéo je n'ai plus les jambes pour tenir correctement en selle. Le cheval s’écroule à nouveau dans un trou. Ce coup-ci, je réussis à m’agripper à ma selle. Mon cheval se redresse et Dorjee me tend la main pour que je lui repasse la longe. « Non ! Pas question » lui dis-je, lui adressant un regard courroucé. Dorjee nous a promis une marche au pas, mais il essaie de nous faire trotter, il a derrière la tête (il nous le confiera plus tard) de revenir plus tôt à Romse pour faire la route vers Zhato dans la foulée et gagner un jour. Il n'en est pas question, et de toute façon un incident à la Fredo va lui faire renoncer à son plan. En effet lors d'une courte halte, je sortis de mon sac de quoi faire boire tout le monde, les chevaux en profitèrent pour se faire la belle et nous dûmes écourter la pause pour aller les chercher. Pas de problème sauf que mon sac était resté posé dans l'herbe et comme je portais mon appareil photo en bandoulière et l'agitation aidant je n'ai pas senti de différence de poids en grimpant à cheval (mon sac était en effet très léger puisqu'il n'y avait dedans que mon argent et mon passeport bien protégés de la pluie !). Nous avons chevauché une bonne heure avant que je ne m’aperçoive que mon sac avec mon passeport était resté quelque part dans la steppe à plusieurs km d'ici. Je pris alors le cheval rapide de Passang et partis avec Dorjee à sa recherche. Heureusement Dorjee se souvenait grossièrement de l'endroit où nous nous étions arrêtés et j’aperçus mon sac visible de très loin. Nous rattrapâmes les autres, c’était autour de Mireille de monter le cheval lent. Mireille n'avait jamais monté de cheval de sa vie, courageuse et sportive, elle endurait la longue marche comme nous tous et se laissait conduire sans rien dire par Dorjee qui tirait comme une brute sur la longe. Puis le harnais céda une première fois. On crut à un accident, on le remit. Un peu plus tard le harnais céda une seconde fois, mais Mireille avait bien vu le cheval tendre sa tête au moment où Dorjee lui donnait une secousse pour qu'il avance. L'animal avait compris comment se dégager de son bourreau, il n'y avait plus rien d'autre à faire que de le « driver ». Dorjee énervé remit le harnais et s’apprêta à recommencer. Je descendis de cheval et demandai à Mireille d’échanger avec moi. Ce cheval n'est ni une bourrique ni un feignant, il n'a juste pas confiance en lui, il a besoin qu'on le coache au bon moment, qu’on anticipe ces hésitations. Dorjee me tendit une fois de plus la main que je refusais. Patiemment je réussis à ne pas me laisser distancer et dans les endroits sans difficulté me payais même le luxe de dépasser les autres, ça marchait ! Il avait compris, me faisait confiance, nous étions complices, même aux abords de Romse lorsque les chiens fondirent sur nous en aboyant, il ne fit aucun écart. Nous retrouvâmes les enfants et la petite fille malade. Mireille renouvela ses recommandations et insista entre autre pour qu’elle dorme avec la jambe surélevée. J'offris la peluche du lama à la petite qu'elle porta à ses joues ravie. Mireille essaya d'expliquer sa sainte provenance mais au mot de « lama » Dorjee s'emporta : « Les lamas ! Ils ont une belle voiture, une belle maison, empochent les aumônes et ne donnent rien, au diable les lamas ! » (tradc. aprox.)

Au retour la piste était presque sèche, nous n'eûmes pas de problème, un seul embourbement.
Nous partîmes de Romse, en serrant les mains des adultes par dessus la fenêtre, nous dîmes adieu aux enfants qui encerclaient notre Jeep.

Nous quittâmes ainsi le berceau du Mékong que nous avions atteint et qui nous avait accueilli. Nous connaissions maintenant la première parole du fleuve. La première page de ce grand livre, c’était l’histoire d’un pays beau et sauvage, couvert d’un ciel immense. Un drôle de far-west où les lamas sont des seigneurs, les instits des érudits et où les médecins ont des allures de légendes peuplant des pays lointains.

H157bis naissance d'un fleuve
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  Pour finir: quelques photos commentées de ce voyage...
     

 

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