"Vous devez comprendre
que, pour nous autres Hindous, la vache est d'essence
divine à l'égal des brahmanes, si bien
que la manger serait un acte sacrilège pire
que le cannibalisme. La vache est notre mère à tous. Nous vénérons
en elle la maternité par excellence : sa rumination
incite les hommes à remâcher les vérités
éternelles, la douceur de ses yeux appelle
la compassion et nous invite à protéger
les pauvres, les sans défense, les humiliés;
la blancheur de son lait enseigne la pureté,
sa richesse symbolise la santé. Son immobilité
sert de modèle à l'ascète et
lui donne l'air de toujours méditer intensément
sur la condition humaine. Avec sa tête de biche
et son regard humide, elle allie la bienveillance
et la pondération. Tuer la vache entraînerait
catastrophe et sécheresse ainsi que la confusion
des castes, début de la décadence. Dans
le Mahabaratta, il est dit que celui qui tue une vache
vivra en enfer autant d'années qu'il y a de
poils sur le corps de l’animal. Tout est sacré
venant de la vache : sa bouse et son urine sont utilisées
dans la médecine ayurvédique et les
brahmanes en font des galettes, les panchagaya, qu'ils
absorbent pour se garantir de l'impureté. Les
femmes en enduisent également la terre battue
de leur cuisine en signe de prospérité
pour leur famille et afin d'écarter blattes
et fourmis blanches. "
Pascal Bruckner « Parias »
ed. Le seuil, 1985, coll Points, roman N°270......
(ecxellent bouquin!)